Bob Nant (1923-2009), un grand résistant savoyard :

    

          Né le 10 mai 1923 Robert Nant, ayant perdu ses parents très jeune, est pupille de la Nation. Fils adoptif d'un fromager chambérien, il s’occupe seul de ses sœurs, vivant des restes qu’on lui donne aux Halles à Chambéry. Plus tard il est recueilli avec ses sœurs par son oncle et sa tante Utile-Grand qu’il adorait. Son oncle, ancien combattant valeureux de la Grande Guerre, lui transmet le sens de l’honneur et l’amour de la Patrie pouvant aller jusqu’au sacrifice suprême. Après des études primaires au Bocage, il entre à l’école professionnelle de la rue St François.

          Ne voulant pas rester à la charge de son oncle et sa tante, Bob Nant va connaître le début de la guerre comme élève à l'école militaire des pupilles de l’Air d'Istres. Après l’armistice de 1940, Bob et plusieurs de ses camarades, rejoint Pierre Dumas (futur maire de Chambéry et ministre du général de Gaulle) pour fonder le premier mouvement organisé de résistance en Savoie regroupant des élèves du lycée de garçons et de l’école professionnelle. De nombreux ouvrages rendent compte du rôle important joué par cette " trentaine " de jeunes qui n’admettaient pas la honte de l’armistice et étaient résolus à résister à l’occupant.

          A peine âgé de 18 ans Bob grâce à son allant, sa fougue et son mépris du danger, est affecté aux Groupes francs (GF) de Chambéry. Il s’illustre alors dans de nombreuses opérations demeurées célèbres : distribution de tracts et de journaux de la résistance, destruction des laminoirs de l'usine de l'Aluminium français et d'un train de munitions à la gare SNCF de Chambéry, qui évita un bombardement à la ville, mise à sac du siège de la Milice, avec un dynamitage qui fit tomber toutes les vitres de la Place Porte Reine... jusqu'à une embuscade pour s’emparer d’ un transport d'essence aux Echelles le 16 novembre 1943. Il recrute aussi et forme Raymond Bellinguier, dit " La Vapeur ", qui commandera un maquis resté célèbre en Savoie.

          Arrêté par la Gendarmerie de Chambéry et emprisonné à Charrière Neuve, Bob est tabassé par les gendarmes qui le classent " terroriste " et " voyou ". Pendant un transfert à pied de la prison au Palais de Justice de Chambéry ses camarades du Groupe Franc "Michel" réussissent à le libérer place du Stade. Trois cents douilles seront ramassées sur place, un gendarme de l’escorte est tué. Il était prévu soit de le libérer, soit de l’abattre pour éviter que, torturé, il livre de précieuses informations.

          Désormais « brûlé » en Savoie et condamné à mort, Bob passe plusieurs semaines caché d’une « planque » à l’autre puis il rejoint les Groupes Francs de Lyon. Le 27 mai 1944, en tentant de libérer un membre du réseau "Corvette", il tombe dans les mains de la Milice de Lyon. Le reste de son groupe est capturé le lendemain et sera brûlé vif dans une grange à St Genix-Laval. D’abord pris pour un petit truand qui cherche à se faire rétribuer par les deux camps et muni de faux papiers d’identité, Bob compte bien être rapidement libéré. C’est sans compter qu’il est reconnu par un chambérien, ancien camarade à l’école du Bocage, devenu chef du 2ème service de la milice à Lyon : Paul Touvier. Celui-ci le livre à son tortionnaire, Gonnet (exécuté à la Libération) qui lui inflige interrogatoires et tortures des plus cruelles. Touvier qui connaît sa famille le soumet aux pires pressions psychologiques, allant jusqu’à un simulacre d’exécution au petit matin, entre deux séances de tortures. Transféré au fort de Montluc et comprenant qu'il sera exécuté par les allemands, Bob profite d’une corvée de charbon pour s'évader par la grande porte après avoir assommé et pris l'uniforme allemand de l'un de ses gardiens.

"Bob" tireur au fusil-mitrailleur anglais BREN. Maquis de la Ferme Ste Marie, St Etienne des Ouillères (69).

          Remis sur pied, il continue ses actions de résistance dans la Saône et Loire, il est capturé une fois de plus, pendant deux heures par la Gestapo de Mâcon et se sauve en traversant la Saône à la nage en plein mois de février. Après avoir été sous les ordres du colonel Romans-Petit dans l'Ain, il est affecté au maquis d’une grande figure de la Résistance, le colonel Basset, dit " Mary ", SAS parachuté par Londres. Son groupe multiplie les opérations : attaques de trains au bazooka, d’une péniche à Thoissey ; il constitue une équipe de choc avec une vingtaine de russes déserteurs et protége de la destruction par les allemands le dernier pont intact de la région lyonnaise, celui de Vaise. Il participe ensuite à la libération de Lyon, et sera décoré avec ses camarades sur la place Bellecour par le Général de Gaulle. Incorporé dans l’artillerie coloniale avec le grade de sous-lieutenant, il combat sur le front des Alpes, dirige des tirs sur le Mont-Froid en Maurienne. Il termine la guerre en Autriche puis quitte l’armée pour sa future femme.

"Bob" et ses hommes. Maquis de la Ferme Ste Marie, St Etienne des Ouillères (69).

          Revenu à la vie civile, Bob Nant va exercer le métier de commercial et se consacrer à sa famille. Il sera rappelé quelques temps au commandement d’une compagnie en Algérie. Mais l'histoire va le rattraper au moins par deux fois. Il est un des seuls témoins survivants au procès de Paul Touvier par contumace en 1947, et en 1989, il apprend l’arrestation de son vieil ennemi, celui qui se promenait au bras de sa sœur dans Chambéry, pour le faire sortir de sa cachette, qui fit une descente brutale chez ses parents adoptifs, qui lui fit croire à la mort de sa famille et à son exécution prochaine et qui l’envoya à la torture… Pourtant jamais il ne manifesta de haine, mais confiera seulement : "Maintenant je peux dormir tranquille". En 2006, il est invité par le journaliste Christophe Hondelatte à témoigner lors de l'émission "Faites entrer l'accusé" consacrée à Paul Touvier.

    

          Homme d'honneur et de devoir, Bob Nant n'a jamais voulu oublier les cicatrices que lui ont infligées ses bourreaux. Pour lui, le combat continuait… Quelques mois avant son départ, il témoignait encore, auprès des jeunes générations, du sacrifice d'hommes et de femmes qui ont donné leur vie pour la liberté de la France., et laissait après deux heures d’entretien à bâtons rompus des classes entières d’adolescents rêveurs et émerveillés…tant il savait faire se lever le vent de l’aventure, avec la simplicité généreuse qu’on lui connaissait ; qui pouvait mieux émouvoir des jeunes …que cet homme resté si jeune. Le 29 mars 2009, à l’âge de 86 ans, Bob est parti rejoindre ceux dont il parlait souvent avec regret, ses amis, il laisse une famille éplorée et des amis orphelins.

          Membre d’honneur de notre association depuis plusieurs années, participant assidûment à toutes les manifestations pour le souvenir de la Résistance, les commémorations, « Les chemins de la mémoire » (associant l’Education Nationale et l’ONACVG), il nous a toujours soutenus et encouragés à perpétuer la mémoire de son combat, ce que nous ferons.

Interview de "Bob" Nant aux Sentiers de la Mémoire à Hermillon, le 12 juin 2007 :

Repères :

          Bob Nant était Chevalier de la Légion d'Honneur , titulaire de la Médaille de la Résistance, de la Croix de Guerre 1939-1945, de la Croix du Combattant Volontaire 1939-1945 et de la Croix du Combattant...

Bob était également un membre très actif au sein de nombreuses associations :

  • Union Nationale des Combattants.
  • Association des Combattants Volontaires de la Résistance.
  • Association Nationale des Médaillés de la Résistance Française.
  • Conseil départemental des Anciens Combattants et Victimes de guerre.
  • Commission d’attribution de la carte de Combattant Volontaire de la Résistance.
  • Comité d'Entente de Savoie des Mouvements de Résistance et Déportation.

Le 18 juin 2010 une rue de Chambéry est inaugurée à son nom :

- Nous remercions le Colonel (er) Pierre Desroche pour l’aide apportée à la rédaction de cet article